La DAFPEN (délégation académique à la formation
des personnels de l’Éducation Nationale) n’existe plus
et est remplacée depuis mi-avril par la SAFOR (service
académique de la formation). Au-delà d’un nouveau
nom (la DAFPEN s’était déjà substituée à la
MAFPEN), il pourrait s’agir d’une réorientation
musclée des formations proposées, de leur mise
en œuvre et de leur évaluation sur le terrain.

La suppression du service et plus encore l’annulation
d’une grande part des formations programmées d’ici
à juin ont provoqué à juste titre beaucoup de mécontentement
et d’interrogations en salle de profs. Si vous
ajoutez à cela la remise en cause des IUFM dans la
formation initiale des stagiaires, ce nouveau contexte
est bien peu rassurant pour notre formation professionnelle.
Le 1er avril, le Recteur annonçait lors du CTPA (comité
technique paritaire académique) aux représentants
syndicaux la nouvelle organisation de la formation
continue dans l’Académie, avec effet immédiat. Cette
communication du Recteur n’était pas à l’ordre du jour
de la séance et les premières explications pour le
moins embarrassées qui nous ont été données révélaient
une volonté de taire pour un temps encore cette
réorganisation.

Pour le secrétaire général du rectorat, la DAFPEN
présentait des faiblesses dans l’ingénierie de formation.
En plus d’une insuffisante évolution des formations,
le Recteur a dénoncé lors du CTPA la
« logique du guichet » de la DAFPEN pouvant financer
n’importe quelle formation ou installer
« des cercles de discussion en tout genre ». Curieusement,
ce reproche n’est pas celui qui vient à l’esprit
lorsqu’on évoque le PAF. Après des années d’asphyxie
budgétaire (on se souvient de livrets qui tenaient
sur quelques pages), le PAF a
progressivement repris des couleurs sans pour autant
réhabiliter des formations transversales, scientifiques
ou universitaires. La plupart des groupes de secteurs
n’ont pas été non plus réactivés depuis.

A la rentrée , un audit académique sur la formation,
commandé par le Recteur, précisait que pour l’année
2007/2008, 56% des enseignants du 2nd degré
s’étaient inscrits à un ou plusieurs stages du PAF, un
enseignant sur deux avait bénéficié en moyenne de
3,5 jours de formation, avec des taux de présence et
d’assiduité aux formations supérieurs chacun de plus
de 10 points aux moyennes nationales. Ce constat
statistique donne à réfléchir sur « l’efficience » des formations
proposées et l’attachement des enseignants
à se former.

D’autre part, le contrôle budgétaire aurait fait défaut à
la DAFPEN, ce qui justifierait la suppression sans
délai du service et l’annulation des stages. Le Recteur
n’a d’ailleurs pas nié que les mesures prises éviteraient
une banqueroute, situation impensable quand
la réforme du recrutement renforce les prérogatives
du rectorat pour la formation des stagiaires. Il n’est
pourtant jamais apparu que les dépenses engagées
par la DAFPEN pour les actions menées étaient dispendieuses
ou injustifiées. On peut bien davantage
s’interroger sur les budgets alloués à la formation
continue dans l’Académie qui ont souvent été bien en
dessous des ambitions affichées.

La SAFOR s’articule dorénavant autour de deux
pôles bien distincts, l’ingénierie de formation et la
gestion financière. La lettre de cadrage du Recteur
en date du 25/03, adressée aux cadres de l’Académie,
insiste à plusieurs reprises sur les capacités budgétaires,
déterminantes pour toutes les actions
envisagées. Surtout, le Recteur entend "mobiliser les
moyens disponibles (...) pour guider et appuyer les
établissements dans la compréhension, l’appropriation
et la réalisation des réformes" : socle au collège,
accompagnement personnalisé et enseignement exploratoire
au lycée. La volonté rectorale s’exprime
sans détour : la formation continue (avec les budgets
associés) doit accompagner des réformes
contestées par le plus grand nombre. "Chargés de
mettre en œuvre ces réformes, le chef d’établissement
et ses équipes sont appelés à jouer un rôle décisif"
(courrier du 25/03) : pour l’institution, les équipes
doivent s’approprier les nouvelles directives et réfléchir
localement aux réponses adaptées à l’établissement.
Tout est dit : aux collègues d’inventer des
mises en œuvre que les promoteurs des réformes
n’ont pas réussi à dégager ! L’audit, évoqué supra,
recommandait d’ailleurs de former les chefs d’établissements
à l’ingénierie de formation, pour développer
notamment les formations de proximité, "outil essentiel
de pilotage de l’établissement". L’intérêt immédiat
de l’établissement serait donc priorisé sur toutes autres
considérations : les stages plus ouverts sur les
théorisations, les recherches universitaires et didactiques
semblent bel et bien menacés dans les prochaines
versions du PAF.

La formation continue des personnels ne peut pas se
limiter aux prescriptions institutionnelles. Le SNES et
la FSU sont porteurs d’une réflexion sur les formations
proposées. Il serait par exemple judicieux d’interroger
régulièrement les collègues pour identifier
les besoins de formation. Les formations doivent surtout
évoquer le cœur du métier : les contenus et les
évolutions disciplinaires, les recherches didactiques,
l’activité des élèves dans le cadre ordinaire de la
classe, l’évolution des publics scolaires accueillis
(leur rapport au travail, à l’autorité...), la gestion de
classe... Nous devons garder la main sur nos métiers
et sur les axes de formation continue.

Nous le redirons au Recteur qui doit très prochainement
présenter un bilan de l’enquête envoyée en
mars sur les boîtes mails de tous les personnels de
l’Académie. Alors qu’à peine plus de 10% des personnels
y auraient répondu, nous serons très vigilants à
la manière d’interpréter cette « phase diagnostic »...
Nous y reviendrons dans nos prochaines publications.

Gwénaël Le Paih