22 juin 2010

Carrière et mutations

Déclaration péalable intersyndicale lue à l’ouverture des FPMA du mouvement intra (21/06/2010)

Monsieur le Recteur, Mesdames, Messieurs,

A circonstances exceptionnelles, réaction exceptionnelle. Cette déclaration vous est adressée, Monsieur Le Recteur, au nom des élus du personnel CGT, SGEN-CFDT, SNETAA, SUD, SNEP, SNUEP et SNES-FSU.

Depuis quelques années, la FPMA censée statuer sur les affectations des enseignants, CPE et COPSY de l’académie est l’occasion de dénoncer les faits marquants qui traversent nos professions et plus largement le système éducatif. Il faut probablement y voir le résultat d’un « dialogue social » qui se limite trop souvent à écouter les analyses des uns et des autres.

En cette période trouble pour l’Education Nationale et la Fonction Publique, les sources de conflit se multiplient :
· Au collège : le socle commun, l’histoire des arts, l’évaluation du niveau A2
· Au lycée : la réforme de la classe de seconde et de la voie technologique.
· Dans les lycées professionnels : la réforme des Bac Pro et, dernièrement, les conditions scandaleuses de l’oral de rattrapage.
· le démantèlement progressif du service public d’orientation.
· la RGPP
· la réforme des retraites

Tous ces reculs ont été accompagnés ces dernières années d’une constante qui en même temps en est l’explication : la suppression massive de postes dont le mode d’emploi est désormais mis en fiches par le Ministère. Pour la seule académie de Rennes, plus de 1200 emplois ont été retirés en 5 ans.

Aujourd’hui, jour d’ouverture de la FPMA, au-delà de la remise en cause inacceptable du paritarisme, avec la communication des résultats du mouvement avant même que les représentants des personnels, démocratiquement élus par leurs pairs, n’aient pu vérifier le projet, c’est bien évidemment le sort réservé aux stagiaires à la rentrée prochaine qui nous préoccupe.

Pour les personnels le conflit sur cette question reste entier et le dispositif que vous avez retenu ne peut nous satisfaire. Comment en effet pouvons-nous, comment pouvez-vous accepter que, pour des raisons uniquement budgétaires, de jeunes lauréats des concours soient placés dans des conditions aussi déplorables pour leur première année dans la fonction ?

· 18 h devant élèves réparties sur 3 jours et demi
· Des classes qu’ils découvriront à partir de la toussaint après l’intervention d’un TZR ou d’un contractuel
· Un compagnonnage assuré dans des conditions très dégradées par des collègues qui dans certains cas ne seront pas dans l’établissement du stagiaire
· Une entrée brutale dans le métier qui ne laisse pas aux jeunes professeurs le temps indispensable pour acquérir le savoir-faire nécessaire afin de conduire leurs classes.
· Un volume de formation réduit au strict minimum et dont le contenu reste aujourd’hui encore très flou.
· Une formation dans laquelle la didactique des disciplines, le cœur de notre métier, serait remplacée par une petite dose de prêt à l’emploi et une grosse dose de discours institutionnel sur fond de socle commun et d’aide personnalisée.
· Aucun dispositif particulier pour l’enseignement professionnel et technologique.
· Une impossibilité, faute de temps, de prendre le recul nécessaire à l’analyse de la pratique dans la classe, à la réflexion autour de la pédagogie, à l’assimilation et à la mise en œuvre des programmes pour 4, 5 voire 6 niveaux différents !

Vous pourriez objecter que des générations de maîtres-auxiliaires et de contractuels ont connu des conditions d’entrée dans le métier qui n’étaient pas différentes. Mais outre le fait que les élèves ont changé, ce qui était autrefois la marge devient aujourd’hui la norme. Ériger l’auxiliariat en modèle, quelle ambition !!!

La formation des maîtres est un élément central dans le système éducatif.

Formez les enseignants et CPE correctement et vous aurez devant les élèves des personnels possédant les clés pour faire le lien entre savoirs théoriques et pratique de classe. Des personnels en capacité de prendre en compte les difficultés scolaires, de repérer les élèves décrocheurs et de leur apporter le soutien nécessaire.

Ne leur laissez pas le temps, Monsieur le Recteur, d’apprendre leur métier et vous aurez de jeunes collègues qui ne pourront qu’appliquer les recettes contenues dans des « kits de survie » vendus par Forprof.

Enfin nous devons évoquer ici l’impact que ne manque pas d’avoir cette réforme sur les conditions d’affectation des titulaires.

Réserver 231 postes pour les futurs stagiaires, c’est retirer des postes du jeu normal du mouvement Intra-académique et supprimer de fait autant de possibilités de mutation pour de nombreux collègues qui attendent pour certains depuis plus de 10 ans sur leur zone de remplacement pendant que des entrants viendront eux-mêmes grossir les rangs des TZR.

Réserver 231 postes pour les futurs stagiaires, c’est aussi retirer un certain nombre de BMP de la phase d’ajustement : une fois de plus, les TZR seront touchées car les affectations à l’année seront moins nombreuses. C’est inacceptable.

C’est pourquoi nous demandons au gouvernement de renoncer à cette réforme de la formation des Maîtres et nous vous demandons encore une fois, Monsieur le Recteur, de surseoir à l’affectation des stagiaires sur les supports à plein temps. Leurs affectations doivent être réalisées sur des BMP n’excédant pas 8h, pour leur permettre de se former convenablement. Nous demandons que tous les postes bloqués pour l’affectation des stagiaires soient mis au mouvement.

Ce que nous vous demandons ici quasi unanimement, c’est rien de moins qu’une décision de bon sens.