Le stage organisé par la FSU Bretagne en octobre 2008 a réuni des collègues issus de toute la fonction publique : ANPE, personnels du Rectorat, enseignants... Tous ont ont parlé de leur métier. Une secrétaire témoigne « Dans mon collège, j’assure des tâches multiples : accueil, soins, conseils d’orientation, en plus de son travail et ceci pour une reconnaissance minime à savoir 1 500 € . L’Institution attend de nous toujours plus de performances mais nous sommes des personnels oubliés. »

Un jardinier travaillant en lycée agricole a parlé du silence des agents et a montré que les personnels d’entretien, de cuisine ont tendance à s’enfermer et qu’ils aimeraient être mieux formés notamment à l’usage des outils informatiques. Ils aimeraient avoir plus de possibilités d’être créatifs et, bien sûr, être mieux payés après 30 ans de fonction publique (1 500 €).

Une enseignante TZR : « quand j’apprend mon affectation c’est le parcours du combattant : obtenir le code pour les photocopies, contacter la vie scolaire, préparer ses cours. » Elle a aussi exprimé ses difficultés face aux contenus qu’elle doit enseigner mais aussi sa solitude, le travail collectif lui paraissant impossible. Pour parler de l’évaluation, elle a employé les termes de « torture physique et psychologique » car elle a du mal à admettre le décalage entre contenu enseigné et ce qui est appris par l’élève. Pour une autre collègue enseignant en maternelle, ce sont des relations parfois difficiles, avec les parents, qui posent problème.

Et si le travail était malade !

Jean Luc Roger, chercheur, a souligné combien dans ces témoignages apparaissaient des « conflits de critères » entre ce qui est prescrit par l’institution et ce que chacun voudrait faire pour bien travailler.
Le ministre X Darcos affirme que lorsque l’enseignant est bon, cela marche ! Pour atteindre ces objectifs, l’institution a adopté, en s’inspirant de ce qui se passe dans les entreprises, toutes les techniques de management : renforcement des pouvoirs hiérarchiques, diffusion des « bonnes pratiques », compétences, évaluation, individualisation, rétribution au mérite... Face aux injonctions qui s’imposent de plus en plus, les collègues craquent. Les DRH des rectorats mettent en place des dispositifs d’écoute, d’aide, de reconversion, compatissant aux difficultés mais sans jamais remettre en question le travail lui –même, ni son organisation. L’individu est rendu responsable de ses difficultés, en un mot, selon eux, ce n’est pas le travail qu’il faut traiter mais l’individu parce qu’il n’est pas compétent.

Selon Marie Anne Dujarier, autre chercheur présent, s’il faut évaluer, il faut se méfier de « « cette folie de la mesure » et de la multiplication des indicateurs qui mesurent le travail final réalisé mais pas l’activité de travail réel. Dans un des ateliers, des collègues ont souligné que l’Institution instrumentalise notre conscience professionnelle. Les collègues ne se sentent pas toujours à la hauteur et se culpabilisent. Il y a un hiatus entre ce que nous faisons et la norme « idéale » et c’est ce hiatus, ajouté à la solitude, qui explique les demandes de congés, de temps partiel, de reconversions.

Une étude faite à partir de témoignages anonymes des collègues de l’ANPE a montré que c’est l’organisation du travail qui est pathogène et elle explique les problèmes de santé des agents.
Il est donc urgent de s’emparer du sujet « travail », de mobiliser chercheurs et professionnels de terrain pour aider à mieux connaître le travail réel, de recréer du collectif pour agir sur le travail et le transformer.

C’est un des objectifs que se sont donnés les participants à ce stage. La FSU Bretagne et ses syndicats vont s’y atteler : prendre en compte toutes ces données pour
- mieux aider les collègues à tous les niveaux et notamment au niveau de l’établissement mais aussi face à l’Inspection
- poursuivre la politique de stages de l’observatoire académique des contenus et pratiques professionnelles, espaces de réflexion et d’échanges en dehors de tout regard hiérarchique. Ils sont, aussi, des lieux de formation à la pluridisciplinarité et de confrontation des pratiques. On peut, ainsi, lutter contre les injonctions faites au nom des compétences, donner sens et corps au travail collectif pour rompre le sentiment de solitude et se donner des armes, .... Ce sont de pistes de travail mais il faut inventer de nouveaux outils, créer et cette création doit être collective, elle doit être une priorité de l’activité syndicale.

Michelle Carmès et Thérèse Jamet-Madec