18 mai 2003

SECTIONS DEPARTEMENTALES

Les enseignants du SNES FSU s’adressent à l’opinion publique.

Depuis des mois, les personnels de l’Education Nationale expriment leurs inquiétudes face aux mesures du gouvernement. Aujourd’hui, ils clament leur colère et de nombreux établissements sont en grève reconductible dans toutes les académies. Pourtant, le gouvernement et le ministre chargé de L’Education refusent d’écouter les grévistes et leurs organisations : aucune négociation n’est ouverte…Le Ministre est sourd et aveugle Qu’attend le gouvernement ? Le pourrissement ? Une radicalisation qui perturberait le bon déroulement des examens pour discréditer le mouvement ?

Les projets annoncés de décentralisation sans aucune concertation et sans réflexion sur les missions des services transférés aux collectivités territoriales menacent l’unité du système éducatif et l’égalité d’accès des jeunes au droit à l’éducation et à la formation, faisant ainsi courir le risque d’un véritable démantèlement du service public d’éducation.

Le transfert des personnels ne correspond pas à une demande des collectivités territoriales qui s’inquiètent à juste titre des conséquences sur leur budget. C’est une décision idéologique !

Derrière le transfert des personnels aux collectivités territoriales se profile :

  1. le développement des inégalités sur le territoire : les collectivités territoriales n’ont pas les mêmes moyens et rien ne garantit un mécanisme de rééquilibrage.
  2. une dénaturation de leurs missions : exemple : les Conseillers d’orientation psychologues (CO-PSY) deviendront de simples aiguilleurs vers l’emploi. Inutile leur qualification de psychologues ...
  3. la voie ouverte vers la privatisation : certains services comme les cantines, l’entretien des locaux pourraient rapidement être cédés au secteur privé.

Décentraliser la formation professionnelle initiale aux Régions :
C’est prendre le risque d’adapter les formations aux seuls besoins d’une région, voire d’un bassin local. On peut craindre une répartition très inégale, tant du point de vue du niveau de qualification accessible que de la diversité des spécialités professionnelles.

Donner davantage d’autonomie aux collèges et aux lycées :
C’est risquer d’accroître les disparités et les inégalités selon les établissements : tel établissement pourra décider de ne pas respecter les horaires nationaux de chaque discipline. Les établissements auront à gérer un budget global et à choisir par exemple entre l’achat de matériel, l’aide sociale aux élèves, ou des postes d’enseignants..

Alors décentraliser davantage l’Education Nationale, pour quoi faire ?

Pour faire payer par les collectivités locales ce que l’Etat ne peut plus payer ? On nous cite souvent la réussite de la décentralisation en matière de constructions scolaires, mais c’est parce que là où l’Etat mettait un franc, les collectivités en ont ajouté quatre. Sommes-nous dans une situation où cela peut se reproduire ? Même si l’Etat leur transfère des ressources, les collectivités territoriales ne seront-elles pas contraintes d’augmenter sensiblement les impôts locaux pour garantir le même service ?

Nous ne voyons pas quelles sont les améliorations recherchées, en revanche, nous voyons les risques. La formation et l’avenir de la jeunesse méritent d’autres choix !

Sur la question des retraites :
Le projet de loi présenté au conseil des ministres du 7 mai est encore pire que prévu, et ce ne sont pas les quelques « améliorations » obtenues ces derniers jours qui changeront la donne ! Ce texte signe la fin de la retraite à 60 ans et donc de l’acquis social le plus important de ces vingt dernières années. Les régressions sont toutes confirmées.

- Baisse drastique de nos pensions, sauf à travailler beaucoup plus longtemps.
- Incitation au développement de l’épargne = remise en cause de la retraite par répartition
- Les avantages familiaux ne seront plus accordés que si le père ou la mère s’arrête de travailler.
- Les salariés les plus modestes ne seraient pas épargnés !

Un tel projet de loi, s’il devait être adopté, marquerait donc des reculs extrêmement importants et brutaux pour l’ensemble des fonctionnaires et de nouvelles dégradations pour les salariés du privé.

Ces évolutions vont toutes dans le sens d’une politique d’inspiration de plus en plus explicitement libérale. Elles conduisent à une régression sociale sans précédent.

Nous vous appelons à soutenir le mouvement et les actions des personnels de l’Education Nationale, à participer nombreux à la manifestation nationale du 25 mai à Paris, et à toutes les actions qui pourraient se développer d’ici là sur ces deux questions primordiales pour notre avenir à tous !

Il s’agit d’obtenir le retrait du plan Fillon, d’empêcher le démantèlement du service public, et de sauver l’Education nationale.

SNES-FSU Brest le 19 mai 2003

POUR INFORMATION, une recommandation de L’OCDE

Extrait de l’article « Faisabilité politique de l’ajustement » - Cahier de politique économique n°13, OCDE*, 1996).

« Pour réduire le déficit budgétaire, une réduction très importante des investissements publics ou une diminution des dépenses de fonctionnement ne comporte pas de risque politique. Si l’on diminue les dépenses de fonctionnement, il faut veiller à ne pas diminuer la quantité de service, quitte à ce que la qualité baisse. On peut réduire, par exemple, les crédits de fonctionnement aux écoles ou aux universités, mais il serait dangereux de restreindre le nombre d’élèves ou d’étudiants. Les familles réagiront violemment à un refus d’inscription de leurs enfants, mais non à une baisse graduelle de la qualité de l’enseignement et l’école peut progressivement et ponctuellement obtenir une contribution des familles, ou supprimer telle activité.
Cela se fait au coup par coup, dans une école mais non dans l’établissement voisin, de telle sorte que l’on évite un mécontentement général de la population. »