Un projet pour nos élèves ou un pas de plus
dans la gestion managériale de l’école publique en Bretagne

Qui serait contre une meilleure réussite des
élèves et la mise en place de pratiques pédagogiques le permettant, la valorisation de l’enseignement technologique et professionnel, une meilleure insertion dans la vie professionnelle, la prévention des conduites à risques, l’ouverture à l’international ? Personne !
Pour comprendre ce qui nous attend, il faut aller au-delà des mots et des objectifs qui peuvent faire consensus. De ce point de vue, l’introduction du Recteur au projet académique et les propos tenus lors d’une conférence de presse de présentation du dit projet sont révélateurs. « Nous devons être en phase avec la Réforme de l’Etat, c’est une logique de moyens et de résultats avec l’accompagnement d’actions, d’objectifs, d’indicateurs de suivi ». Le Recteur explique aussi « qu’il va falloir évaluer les personnels et les établissements » et « qu’à partir du moment où on parle d’autonomie, cela veut dire qu’il faut modifier nos pratiques et relayer un contrôle par une véritable évaluation ». Le Recteur insiste aussi sur la « qualité du service rendu aux élèves ».
De son côté, le Secrétaire Général du Rectorat affirme qu’il faut travailler avec le Ministère pour « bâtir un protocole pour mesurer ce qu’on produit ».
On ne peut être que frappé par l’utilisation du vocabulaire et de thèmes directement importés de l’univers de l’entreprise. Ce n’est pas nouveau. Nous avions déjà rencontré le « projet », la « contractualisation » tous azimuts, la mise en « réseaux », le « toyotisme » version Allègre (zéro défaut), la « logique de la demande » etc... Petit à petit, de manière insidieuse, les mots mais aussi les pratiques managériales en œuvre dans les entreprises privées envahissent les services publics dont l’Ecole. Nous ne sommes pas les seuls en Europe et dans le monde. Les Etats-Unis ont été les précurseurs.
Lors de sa conférence, le 7 novembre dernier à Lorient, Christian Laval [1], nous a expliqué que « l’imitation de l’entreprise privée avait pour justification la recherche de l’efficacité, que ce thème de »l’école efficace« devait être rapporté à la réduction des coûts éducatifs, devenu prioritaire avec la mise en cause de l’intervention de l’Etat : »faire plus avec moins« telle est la ligne. La massification scolaire, selon cette approche appellerait des techniques de gestion ayant fait leurs preuves dans le secteur privé ».
Réduire les coûts, telle est la ligne du Gouvernement et de notre Recteur. D’où l’obsession de nos responsables académiques de réduire coûte que coûte la durée du parcours des élèves. Presque tous les « indicateurs » portent sur cet objectif : pourcentage d’élèves accédant à une 2nde générale et technologique ou professionnelle en 4 ans, à une terminale générale et technologique en 3 ans à partir de la seconde, hausse des taux de passage dans la classe supérieure etc… Dans la même logique, on peut repérer la volonté de multiplier les sections de bac professionnel en 3 ans notamment dans le tertiaire. Pour atteindre ces objectifs, il faut des personnels obéissants. D’où ce véritable culte de l’évaluation des enseignants et des établissements, du repérage des « bonnes » pratiques individuelles et collectives mais aussi des « mauvaises » c’est à dire de ceux qui « s’écarteront nettement des préconisations et objectifs académiques ».
Evidemment, le Recteur s’est bien gardé cette fois de consulter les personnels aussi bien sur le diagnostic de l’Ecole en Bretagne que sur les nouveaux objectifs à se fixer ou encore sur les moyens nécessaires (postes, formation continue, matériels). Seuls les chefs d’établissement ont été sollicités à travers les Bassins ! Le managérisme ne rime pas avec démocratie !
Ce projet académique accompagne l’expérimentation de la L.O.L.F. [2] dans notre académie. De quoi s’agit-il ? C’est la réforme budgétaire qui accompagne la réforme de l’Etat. « Il s’agit de changer la culture de l’administration en introduisant les notions d’objectifs, de performance et de résultat : des gains de productivité substantiels devront être dégagés dans chaque ministère sans exception » a affirmé Jean-Paul Delevoye le 18 novembre dernier à l’Assemblée Nationale.
C’est sans doute pour améliorer nos performances et nos gains de productivité, qu’il est envisagé de supprimer 450 à 550 équivalents-postes dans le second degré en Bretagne !
Et nos élèves ? Ils ne sont plus vraiment au centre des préoccupations de nos dirigeants...

Patricia Laborie