15 janvier 2026

Observatoire et stages

Déclaration liminaire de la FSU au CALR du 13/01/2026

Déclaration liminaire de la FSU au CALR du 13/01/2026

Le Comité académique des langues régionales (CALR) s’est tenu le 13 janvier. La FSU Bretagne y a porté la parole de la profession. Vous pouvez lire la déclaration préalable lue à l’ouverture de l’instance.

Diskleriadenn e kuzul akademiezh yezhoù ar rannvro

Déclaration au conseil académique des langues régionales

D’an 13 a viz Genver 2026
 
Itron Rektorez,
Aotroù, kuzulier ar Rannvro,
Itron, kuzulierez ar Rannvro
Itronezed, Aotronez kuzulerien an departamantoù,
Itronezed, Aotronez renerien an akademiezhioù,
Itronezed, Aotronez,
 
Demat deoc’h holl ha bloavezh mat,

Permettez-nous de commencer cette déclaration par une anecdote. Dans mon lycée, il y a deux ans, un de mes élèves me dit fièrement qu’il va voir sa grand-mère à Lorient. Elle est en EPHAD depuis peu car elle est atteinte d’Alzheimer. Le breton est sa langue maternelle et est la seule qu’elle maitrise désormais. La maladie lui a fait oublier le français. Mon élève et ses frères sont les seuls à pouvoir communiquer avec elle et donc à pouvoir faire le lien entre leur grand-mère et leurs parents. Cette anecdote illustre une réalité sociolinguistique pointée en 2024, dans l’enquête sociolinguistique commanditée par la Région Bretagne. Elle a montré qu’entre 2018 et 2024, le nombre de locuteurs et de locutrices de breton avait été divisé par 2. La baisse du nombre de locuteurs et de locutrices de gallo n’est pas aussi spectaculaire pour le moment mais est à prévoir tant cette population vieillit. Cette même enquête laisse entrevoir une note d’optimisme : la population des locutrices et des locuteurs de breton rajeunit. L’école est la seule à même de faire vivre ces langues. Le rapport du Sénat sur l’enseignement des langues régionales en France, publié le 15 octobre 2025, afin de faire le bilan de la loi Molac, 4 ans après sa publication, dresse le même constat. Si les effectifs scolaires tendent à progresser, les efforts sont bien insuffisants pour enrayer le risque d’extinction de nos langues et encore moins pour les revitaliser. Même si les effectifs des filières bilingues publiques continuent de progresser, l’objectif de la convention Etat-Région d’atteindre 30 000 élèves scolarisés en breton d’ici 2027 ne sera pas atteint tant cette progression est faible d’année en année.

Aujourd’hui, il sera justement question de faire un bilan des effectifs et de se donner les perspectives de travail pour la rentrée 2026-2027. Nous avons besoin d’un véritable plan académique de développement des langues régionales autour de l’initiation et de l’option de langue régionale ; L’enseignement des langues régionales dans le premier degré public ne peut plus reposer uniquement sur les classes bilingues. Les obstacles à leur fonctionnement et leur développement sont toujours plus nombreux (manque de volonté politique, manque de financement...). Pour que le service public des langues régionales puisse être accessible au plus grand nombre de familles, le dispositif d’initiation à la langue bretonne et gallèse doit être dispensé par une enseignante titulaire itinérant et/ou supplémentaire au sein de l’équipe d’école afin d’offrir ce service là où les conditions ne sont pas réunies pour des ouvertures de filière bilingue, afin d’élargir l’offre plus largement sur le territoire breton. Cette initiation, dans le premier degré doit être confiée à des enseignantes de l’éducation nationale et non dévoyée à des structures privées associatives départementales ou régionales. Lors des précédents CALR nous avions acté la priorité de consolider les filières bilingues déjà existantes et cette priorité devra être maintenue. Pour la FSU, il est urgent de mettre en place une dotation spécifique et fléchée en postes bilingues, dotation qui n’obère pas les moyens accordés dans l’enveloppe globale au sein des académies concernées par l’enseignement des langues régionales. C’est une question de solidarité nationale entre les académies évitant les conditions de mise en concurrence des filières. Même si cela dépasse le cadre des compétences académiques, cette volonté doit être remontée au niveau ministériel. Une dotation spécifique de postes est nécessaire pour assurer un service public de qualité pour toutes et tous. Sans évolution de cette dotation, la mise en concurrence des filières sera toujours l’obstacle majeur à l’ouverture de nouveaux sites ; le nombre d’écoles désignées dans la Carte des Pôles refusant l’ouverture de filière bilingue devient chaque année plus élevé. Le rapport du sénat pointe aussi cet obstacle. Ces écoles souhaitent simplement ne pas souffrir de la pénurie de postes et ne veulent pas perdre une classe monolingue à l’avenir. Le taux de réalisation du plan de programmation est cette année à son niveau le plus bas et sans changement de cap, nul doute que le taux de réalisation d’ouverture de nouvelles filières sera toujours plus bas chaque année.

Dans le second degré, nous pouvons nous réjouir de l’augmentation de 545 élèves en breton facultatif. Elle s’explique par la généralisation de cet enseignement en 6e dans 17 établissements publics. Cependant, il est à constater que les élèves ne poursuivent pas en 5e. Collectivement, lors du dernier groupe de travail, nous avons balayé différentes explications : les élèves et les familles sont dissuadés de s’inscrire car les emplois du temps sont plus complexes à mettre en place depuis la réforme du « choc des savoirs », seulement 50 % de l’enseignement facultatif est financé (dans un contexte de budget contraint), les collègues ne sont pas forcément stabilisés sur les établissements, l’option entre en concurrence avec d’autres enseignements. La bonne nouvelle de l’abandon de la réforme dite du « choc des savoirs », permettra peut-être de dégager des marges de manœuvre pour faciliter la poursuite du breton en 5e si toutefois la volonté des chefs d’établissement est là.

En lycée, l’état des LVC est alarmant. La réforme du lycée est clairement à mettre en cause : les enseignements facultatifs ne sont plus valorisés et les emplois du temps sont émiettés, très difficiles à mettre en place. Jusqu’à aujourd’hui, le rectorat et le ministère n’ont apporté aucune solution à cette problématique. Lors du groupe de travail, nous avons aussi relevé des incohérences concernant la carte de la généralisation. Il est assez incompréhensible que la généralisation ne soit pas proposée dans les collèges où l’option est déjà proposée comme aux collèges de Carhaix ou Châteauneuf. Nous vous demandons donc de revenir sur la carte des pôles présentée ce jour. Enfin, nous sommes inquiets de l’état de l’enseignement du gallo : pour les raisons évoquées précédemment, l’enseignement en option est en perte de vitesse. Nous demandons que le dispositif de généralisation puisse être étendu à l’option de gallo.

La problématique de la ressource enseignante essaime les différentes instances et nous amène à interroger le rectorat à propos de la formation continue. Les deux dernières années, seulement 3 places sur 5 ont été attribuées dans le second degré et nous regrettons le peu de transparence sur la sélection des candidates. Nous avons en tête la candidature d’un collègue de technologie qui a vu sa candidature rejetée au motif que sa matière n’est pas éligible à l’enseignement en breton. Cela nous semble pédagogiquement incompréhensible, irrecevable et interroge sur la conception que l’on se fait des enseignements technologiques. C’est l’occasion pour nous de s’interroger sur la poursuite de la filière bilingue ou de l’enseignement facultatif de breton dans les filières technologique et professionnelle de l’académie.

Il y a aussi le problème du manque voire l’absence de remplaçant.es, TZR en nombre suffisant qui amène à des problèmes de continuité pour les élèves. Cela est d’autant plus incompréhensible lorsque ces absences sont prévues (pour des congés maternités ou paternités) comme au collège de Plounéour Ménez, où il n’y a pas de solutions de proposées pour remplacer la collègue jusqu’à la fin de l’année.
Nous déplorons aussi le fait que des personnes formées n’étaient pas systématiquement affectées en filière bilingue. Une collègue de lettres formée, ayant atteint le niveau C1 et qui avait la possibilité d’assurer des heures de breton à Rostrenen tout en continuant à assurer une partie de son service de lettres au collège de Carhaix n’a pas été autorisée à le faire ! Une TZR aurait, en plus, souhaité assurer les heures de français restantes pour compléter son service et, à Rostrenen, cela aurait évité à un autre collègue de se retrouver en sur-service. L’argument du blocage local est tout simplement scandaleux dans ce cas de figure. Les candidatures ne sont pas non plus réfléchies en lien avec la carte des pôles. 

Enfin, un véritable plan de formation continue concernant l’ensemble du personnel exerçant en langue régionale est nécessaire afin de maintenir et développer un niveau de langue riche et variée ; La formation continue en langue régionale dans le premier degré ne doit plus être entravée sur le terrain par d’autres formations dites prioritaires (constellations, programme anglais…) afin de redonner du sens et de renforcer la qualité de l’enseignement de la langue régionale. Ces heures de formations ne peuvent pas être simplement proposées en dehors du cadre des 108 heures. Une formation de l’EAFC est proposée pour le gallo. Elle se déroule sur deux années pendant 1 semaine de chaque période de vacances scolaires sauf une en juin. Nous avons la connaissance de collègues intéressés par la formation mais qui y renoncent car elle se déroule sur les vacances scolaires. Les vacances scolaires ne sont pas forcément des congés pour les enseignantes mais des vacances de classe. Elles sont investies par les professeures pour avancer les préparations de cours, les corrections et pour souffler pour pouvoir tenir sur la durée. Ce dispositif n’est donc pas à même de pouvoir assurer la pérennité de l’enseignement de gallo.

Cela nous amène enfin à réfléchir à la formation initiale des enseignant-es. Au dernier CALR, il nous avait été dit que la licence PPPE serait maintenue et qu’il n’y aurait pas de LPE bilingue dans l’académie. Depuis, nous avons découvert qu’il y aura une LPE bilingue français-breton sur le site de Rennes. La FSU s’interroge : comment une LPE bilingue avec 100 h de breton seulement sur 3 ans sera suffisante pour former des locuteurs et locutrices qui devront enseigner à de futures locuteurs et locutrices à l’aise dans leur langue ? Pour qu’un débutant ou une débutante en breton atteigne le niveau B2, il faut au moins 800 h à l’instar de ce qui est proposé par les formations intensives. Certes, cette licence est destinée à des étudiants et étudiantes censées maitriser la langue bretonne mais le constat est là : le vivier de locuteurs et locutrices est insuffisant. A cet égard, la licence PPPE a formé des jeunes qui ont atteint, pour la plupart, un niveau suffisant alors que nombre d’entre elles et eux débutaient. La licence PPPE bilingue de Brest sera-t-elle durable ? Malgré cela, l’attractivité du métier et de la formation des enseignantes continue de se poser : les conditions de travail des professeurs de langue ne sont pas enviables (gestion d’une amplitude de niveaux importante, réalisation de projets multiples pour promouvoir les langues, et dans le second degré, plusieurs établissements, des regroupements multiniveaux, enseignement sur une bivalence choisie parfois par défaut…). Améliorer les conditions de travail, rendre le métier attractif, de qualité, lui redonner du sens et les moyens de fonctionner, voici ce qu’il convient de faire avec beaucoup plus de volonté, d’ambitions. Sans la transmission scolaire, les langues régionales vont bientôt mourir, vous avez entre vos mains cette responsabilité !

Trugarez deoc’h evit hoc’h aked. Itronezed hag Aotrounez, Mesdames et messieurs, nous vous remercions pour votre écoute. Nous attendons avec impatience les effets des décisions que vous saurez prendre pour l’intérêt du service public des langues régionales.