Le Comité académique des langues régionales (CALR) s’est tenu le 7 juillet dernier. La FSU Bretagne y a porté la parole de la profession. Vous pouvez lire la déclaration préalable lue à l’ouverture de l’instance.
Diskleriadenn e kuzul akademiezh yezhoù ar rannvro.
Déclaration au conseil académique des langues régionales
D’ar 7 a viz Gouere 2026
Itron Rektorez,
Itron bez-prezidant kuzul ar Rannvro,
Itronezed, Aotrounez kuzulierien an departamantoù,
Itronezed, Aotrounez renerien an akademiezhioù,
Itronezed, Aotrounez,
La convention spécifique État-Région 2022-2027 va bientôt entrer dans sa dernière année. La FSU constate que les ambitions affichées en faveur des langues de Bretagne ne pourront pas être atteintes si l’Etat ne s’engage pas plus activement dans la création de supports de postes dédiés, et dans l’amélioration des conditions de travail des personnels. Les objectifs de développement de l’enseignement bilingue, de développement de l’initiation au breton et au gallo, leur généralisation au collège et leur poursuite en enseignement facultatif, restent à ce jour très éloignés des objectifs fixés dans la convention. De plus, la formation continue des personnels et l’élargissement du vivier de recrutement, sont très éloignés de la réalité quotidienne des personnels. La convention fixe pourtant des engagements clairs sur ces différents points.
Notre premier sujet de préoccupation concerne les personnels. Nous alertons depuis plusieurs années dans le premier degré sur la perte progressive d’enseignantes bilingues qui choisissent de rejoindre les postes monolingues. Ce phénomène n’est pas marginal ; il devient particulièrement préoccupant. Ces départs ne traduisent pas un manque d’attachement à l’enseignement de la langue bretonne. Ces départs sont avant tout la conséquence de conditions de travail qui se dégradent toujours plus : isolement professionnel, multiplication des niveaux dans les classes, manque de remplaçantes et remplaçants en langue régionale, charges spécifiques insuffisamment reconnues, difficultés de mobilité et absence de perspectives suffisamment attractives.
Il est contradictoire de consacrer des moyens importants à la formation de nouveaux enseignantes bilingues tout en restant inactif face au départ de nombreuses et nombreux collègues expérimentées. Le développement des filières bilingues doit reposer à la fois sur une politique de recrutement ambitieuse mais aussi sur une politique de fidélisation des personnels. Ces deux dimensions sont indissociables. Tant que les conditions de travail resteront un facteur de départ vers le monolingue, les difficultés de recrutement continueront de peser sur l’avenir des filières. Ainsi, si le nombre d’inscriptions en maternelle bilingue continue d’augmenter, les déperditions d’élèves restent trop importantes dès le primaire, et hémorragique dès le secondaire.
La FSU demande donc qu’un état des lieux précis soit présenté au CALR concernant le nombre de départs des enseignantes et enseignants bilingues vers le monolingue, les causes de ces départs, le nombre de postes vacants, les difficultés de recrutements. Sans diagnostic partagé, il sera impossible de construire des réponses efficaces.
Le deuxième sujet concerne l’annonce du ministre de l’éducation nationale d’ouvrir la possibilité aux élèves de terminales de passer une des épreuves d’enseignement de spécialité en breton, si elle était attendue et semble aller dans le sens d’une plus grande reconnaissance du breton, elle ne doit pas rester un symbole pour les élèves bilingues des lycées publics. En effet, pour le moment, aucun enseignement de spécialité n’est dispensé en breton dans ces établissements. Quand bien même il y aurait des ouvertures prévues à l’avenir, tous les élèves ne seront pas prêts pour la session 2028. De plus, pouvez-vous nous apporter la garantie que des moyens spécifiques seront attribués ? En effet, la tendance du Gouvernement en place est à la fermeture des enseignements de spécialité dans les lycées et leur maintien se fait au coût d’une dégradation importante des conditions de travail de nos collègues et d’apprentissage de nos élèves. La mise en concurrence du monolingue et du bilingue, par le jeu des spécialités et des DGH est contre-productive si notre objectif commun est la revitalisation de nos langues régionales. Cette annonce, si elle n’est pas qu’un symbole, suppose aussi de former de nouvelles et nouveaux enseignantes. Pour rappel, un enseignement de spécialité équivaut à 10h de service.
Le troisième sujet est celui de l’initiation à la langue bretonne et la langue gallèse dans les écoles publiques. Force est de constater que, malgré les engagements pris dans la cadre de la convention Etat/Région, une grande partie des élèves de l’académie n’a toujours aucun accès à cette initiation. L’offre repose encore trop souvent sur des interventions ponctuelles ou sur des dispositifs fragiles proposées par des structures associatives. Dans le second degré, la généralisation en 6e est en train de se développer mais le dernier groupe de travail a montré que les élèves ne poursuivent pas cet enseignement complémentaire. En effet, la réforme du « choc des savoirs » induisant la mise en place de groupes de besoin a conduit les chef-fes d’établissement à grignoter les heures de marge établissement, rendant impossible l’ouverture de l’enseignement complémentaire de breton. Au lycée, les enseignements de LVC continuent d’être désertés depuis la réforme de 2019 à cause d’emplois du temps qui se sont complexifiés et d’une moindre valorisation des enseignements facultatifs.
La FSU demande qu’un véritable plan académique soit mis en œuvre pour assurer une initiation dans les écoles concernées et un enseignement optionnel effectif dans les établissements du second degré, avec des personnels formés, du temps identifié dans les emplois du temps et des moyens pérennes. Il ne suffit pas d’afficher des objectifs ; encore faut-il donner aux équipes les moyens de les atteindre.
Tout n’est pas du ressort des cheffes d’établissement ni de leur bonne volonté, c’est à l’Etat et à l’Académie de leur donner des axes clairs.
Nous réaffirmons également que le développement des langues régionales ne peut reposer uniquement sur l’engagement militant des personnels. Un véritable enseignement de et en langues régionales exige une politique ambitieuse de formation initiale et continue, une amélioration des conditions de travail, des remplacements assurés, une véritable reconnaissance de l’expertise professionnelle des enseignants et enseignantes engagées dans ces filières bilingues actuelles. L’enseignement n’est pas une marchandise, il a un coût, certes, mais n’a pas de prix. Il doit être abondé par des dotations spécifiques de postes supplémentaires dans le premier degré et de dotation horaire supplémentaire dans les établissements du second degré
Enfin, la FSU rappelle que la réussite de la politique linguistique ne se mesure pas uniquement au nombre de sites bilingues ouverts. Elle dépend aussi de la capacité de l’institution à garantir la continuité des parcours de nos élèves, à assurer un enseignement en langues régionales accessibles au plus grand nombre dès le premier degré, dans les filières bilingues et par l’initiation généralisée et à donner envie aux personnels d’exercer durablement leur carrière dans ces filières.
Trugarez deoc’h evit ho aked
Nous vous remercions pour votre écoute

