ÉCOLE DU SOCLE, QUELLES LOGIQUES EN JEU ?

Un amendement à la Loi sur l’École de la confiance de J.M. Blanquer, adopté par les députés en commission jeudi 31 janvier, permet de créer des « établissements des savoirs fondamentaux » rassemblant des classes de primaire et de collège. Rapprocher le collège de l’école primaire, voire les fusionner dans une même entité pour mutualiser des moyens, sur fond d’économies budgétaires, tel est le projet de l’école du socle.

Dans le cadre du bac-3, bac+3, cet amendement à la loi Blanquer légitime un collège qui n’est plus pensé comme devant préparer tous les jeunes à des poursuites d’études, mais comme une fin en soi pour les élèves jugés incapables d’aller au-delà. A ce titre, l’amen­dement prévoyant la création d’« établissements publics des savoirs fondamentaux » regrou­pant les classes de la petite section de maternelle jusqu’à la fin du collège et la démarche impulsée par la rectrice sont particulière­ment inquiétants.

Des collègues d’écoles ou de collèges de l’académie ont été sollicités par leur Inspecteur de l’Éducation nationale (IEN) ou leur chef d’établissement pour remplir un outil d’autopositionnement dans le cadre du nouveau projet d’académie. Choqués par la démarche, ils ont saisi le SNUIPP et le SNES. Les représentant-es FSU au Comité technique acadé­mi­que du 28 janvier ont interrogé la rectrice à ce sujet. Pour cette dernière, le parcours des élèves s’inscrit de la maternelle au supérieur avec une place déterminante pour ce qu’elle appelle « l’école du socle » qui réunit les écoles et le collège dont elles dépendent sur les cycles 2, 3 et 4.

Ainsi durant cette année scolaire, les équipes enseignantes d’un collège et de ses écoles de secteur devraient se construire en école du socle ! Pour cela, elles doivent porter un diagnostic partagé de leur territoire (Quels élèves ? Quelle socio­logie des équipes ? Un travail collectif y est-il déjà conduit ?). À partir de ce diagnostic, elles peuvent définir un enjeu éducatif commun, un projet pédagogique et éducatif sur leur territoire. Il s’agit, dans l’esprit de la rectrice, de définir une problématique qui pourrait traverser le parcours des élèves et donner une « coloration » à chaque école du socle : par exemple, dans le domaine des sciences ou de la citoyenneté. En découleraient même des priorités de formation communes pour les enseignants du premier et du second degrés.

La démarche d’autopositionnement qui est proposée actuelle­ment aux enseignant·es est conçue comme un outil pour élaborer le diagnostic. Le principal et l’IEN de circonscription pilotent la démarche. Néanmoins, la rectrice a précisé qu’il n’y avait aucune obligation d’utiliser l’outil, ni de le faire remonter… À la rentrée 2019, la rectrice entend créer un réseau des collèges de l’académie, 25 à 26 réseaux rassem­blant les 210 « écoles du socle » (collège + écoles du secteur).

Face à une telle conception de l’école et des enseignants, qui néglige la réalité des métiers, le SNES appelle, avec le SNUIPP, à ne pas renseigner les items du document d’autopositionnement ; d’autant qu’en séance, la rectrice n’a pas répondu à nos questions, notamment celle du temps nécessaire pour travailler en commun, du cadre et des contenus de travail qui doivent être à la main des collègues et non des hiérarchies locales.

Frédérique Lalys
Enseignante d’Histoire-Géo., Collège J. Lurçat, Lanester
Élue SNES-FSU au CTA et à la CAPA des certifié-es