Le taux de pauvreté en France s’élève à 15,4% de la population, soit 9,8 millions de personnes, à peine mieux que la moyenne dans l’Union européenne (17%). Il n’a cessé d’augmenter depuis 2004 (12% alors) et s’aggraver depuis 2020. le différentiel de revenu augmente entre le 1er décile (les 10% les plus modestes), en recul, et le 10è décile (les 10% les plus riches), en forte progression. Les groupes les plus touchés par la pauvreté sont les familles monoparentales (34,3%), les chômeurs (36,1%), les jeunes de moins de 18 ans (22%).
Cela s’explique par la moindre efficacité du système de redistribution : en 2017, les prestations sociales permettaient de sortir 37% des ménages de la pauvreté, en 2023 cette part n’est plus que de 28%, alors que le nombre de pauvres avant redistribution n’a pas fortement augmenté. De fait, les dépenses de solidarité se contractent, notamment les allocations de chômage et les aides au logement.
A ces restrictions budgétaires, s’ajoute le poids de l’inflation ces dernières années qui a surtout touché le logement, les transports et l’alimentation, secteurs qui pèsent le plus sur les ménages fragiles en occasionnant des dépenses incompressibles. Beaucoup de foyers réduisent leurs budgets d’alimentation (cause de la « malbouffe »), de santé, de services (culture, vacances, numérique...).
Les inégalités territoriales impliquent aussi souvent un défaut d’accès aux services publics et aux associations d’aides, et la fracture numérique provoque souvent le renoncement aux prestations. Notre secteur, l’Éducation, n’est pas protégé de la pauvreté, la multiplication des statuts précaires, l’augmentation des personnels contractuels ou vacataires largement exploités, doit nous interroger.
L’indifférence des gouvernements successifs, en particulier à la question du logement pose problème : défaut de construction, absence de contrôle réel des loyers, insuffisance de la rénovation, gentrification des centres urbains et étalement périphérique. Ainsi 12 millions de Français.es sont en situation de fragilité vis-à-vis du logement : taux d’endettement excessif, impayés de loyer, logements inadaptés, précarité énergétique...
La réponse dans l’air du temps, du macronisme libéral à l’extrême droite, est de prôner la réduction des « charges sociales » pour « redonner du pouvoir d’achat » aux actifs. Or l’expérience montre que chaque fois que l’on a réduit la fiscalité ou les cotisations sociales des entreprises, ce sont les profits qui ont gonflé, non les salaires. Privé de ressources, le système de prestations sociales ne peut que se contracter et la Sécurité sociale partiellement privatisée ne peut que coûter plus cher aux assuré.es.
Les espoirs de changement sont peu fondés puisque les ultra-riches, de plus en plus riches, sont aussi de plus en plus indifférents à leur responsabilité sociale. Ils pèsent de plus en plus sur le pouvoir politique, contrôlent la majorité des médias et à coup sûr imposent des politiques de réduction fiscale et de renoncement social. En France, 53 milliardaires sont plus riches que la moitié des Français.es, les 1% les plus riches ne paient pratiquement pas d’impôts jouant de l’optimisation et de la fraude fiscales. Depuis deux décennies, les gouvernements leur donnent satisfaction, et la menace de l’extrême-droite ne pourra qu’empirer le constat actuel.
