LA REVALO : IL LA FAUT !

275 € nets par mois ! C’est ce qu’a perdu un·e collègue certifié·e au 8e échelon en 10 ans sous l’effet du gel du point d’indice et de l’inflation. Faudrait-il alors se contenter des 12,50 € par mois de la prime d’équipement (150 € annuels) dont nos collègues CPE et documentalistes sont en plus exclu·es ? La revalorisation est une lutte de longue haleine pour le SNES-FSU qui appelle à la grève en Intersyndicale le 26 janvier.

La mobilisation de nos métiers contre la réforme des retraites à point avait imposé au gouvernement en début d’année de se positionner pour une revalorisation des salaires des ensei- gnant·es, CPE et PsyEN. Pour mémoire, la suppression annoncée du code des pensions (la fin des 6 derniers mois de traitements pour le calcul de la pension), signe de l’appauvrissement des futur·es retraité·es de l’enseignement, avait plus particulièrement jeté une lumière crue sur nos traitements comme actifs : pertes de salaires accumulées avec un point d’indice bloqué presque 10 ans, primes insignifiantes au regard d’autres corps, débuts de carrières sous payés en dépit des hautes qualifications. Le ministre s’était même réjoui de la prime d’activité ouverte aux stagiaires alors que cette prime est versée aux travailleurs pauvres ! Conséquence d’une triste réalité : après 5 ans d’études, nos jeunes collègues certifié·es touchent en brut l’équivalent de 1,2 SMIC contre 2 en 1980. Et on s’étonnera que nos métiers peinent à recruter...
La nouvelle indemnité de début de carrière annoncée en octobre sera dégressive de 100€ mensuels à l’échelon 2 (les stagiaires en seront donc exclus !) jusque 36€ au 7e échelon. Elle viendra corriger en partie la faiblesse des débuts de carrière mais restera bien insuffisante. Les nouveaux contractuel·les toucheront une indemnité de 54€ par mois. Il faudra tout de même attendre mai 2021 pour les toucher, il n’y a pas de petites économies. En revanche aucune mesure pour les AED et AESH dont les traitements le plus souvent à temps partiel maintiennent les collègues dans une précarité indigne de leurs missions de toute proximité avec les jeunes.

Pour les deux tiers des autres collègues, seule la prime annuelle de 150 € pour l’équipement informatique est prévue avec quelques promotions supplémentaires à la hors-classe. Faut-il rappeler qu’en 2018 le salaire net moyen dans le second degré est inférieur de 27% au salaire moyen des autres cadres de la Fonction publique d’État ? Ou encore que les certifié·es après 15 ans de carrière touchent 22% de moins que les enseignant-es des 23 pays de l’UE membres de l’OCDE ?
En plus de mesures sur la valeur du point d’indice commun à toute la Fonction publique et à tous les personnels titulaires ou non, le SNES revendique des mesures spécifiques et immédiates pour le second degré comme le doublement de l’ISOE et un alignement des indemnités CPE, documentaliste et PsyEN. Une entrée directe dans la carrière à l’échelon 3 est possible sans délai ouvrant ainsi sur une reconstruction des grilles indiciaires par l’ajout de points d’indice à tous les échelons en plus du raccourcissement des durées dans chacun. Alors que les enseignant·es du second degré partent plus tard à la retraite que l’ensemble des personnels de l’Éducation nationale (62,4 ans contre 61,3 ans), il faut agir pour alléger et diversifier les services en fin de carrière et, après avoir obtenu dans PPCR la généralisation de la Hors-classe à tous les collègues, garantir la classe exceptionnelle avant la retraite pour de meilleures pensions.
Parce que la pression est forte et que le ministre est de plus en plus affaibli, les premières annonces en octobre sur les 400 millions n’ont finalement pas été corrélées à des contreparties esquissées quelques mois plus tôt (formation continue pendant les vacances, remplacement à l’interne, individualisation des rémunérations...). Mais elles pourraient ressurgir à tout moment dans la foulée des ateliers du Grenelle de l’Éducation pour « des enseignants du 21e siècle », véritables mascarades pour tenter de redéfinir et alourdir nos missions à moindre coût ! On ne doit plus et on ne peut plus attendre : poussons les feux sur les salaires, exigeons une loi de programmation budgétaire intégrant entre autres un plan pluriannuel de recrutement et de résorption de l’emploi précaire.

En 1989, nos aîné·es criaient « La revalo, il la faut ! », on doit à leur lutte la création de l’ISOE et de la Hors-classe. Le 26 janvier 2021, la revalo il la faut... encore et encore !

Gwénaël Le Paih