17 novembre 2020

Sections départementales

La revalorisation à la Blanquer : rire ou pleurer ?

Après la lecture de la lettre aux enseignants de JM Blanquer sur la revalorisation, on ne sait plus si on doit rire (jaune) ou pleurer. En effet, il se targue d’annoncer que le ministère 2021 dispose d’une généreuse enveloppe de 400M€ (budget 2021) pour « revaloriser la rémunération des personnels de l’éducation nationale et accompagner ainsi la transformation des métiers de l’éducation ».

Calmons-nous, il ne s’agit pas du très attendu dégel du point d’indice, mais de deux primes :150 euros pour l’équipement informatique ( dont les CPE et professeurs documentalistes sont injustement exclus !) versée en janvier et une prime pour les collègues du 1er au 7e échelon, allant respectivement de 100 euros à 35 euros net par mois à partir de mai 2021.

Annonces relayées rapidement par la presse, le ministre espère t-il les applaudissements de la profession et de l’opinion publique ? Ne nous y trompons pas. Personne n’est dupe. Ce budget est non seulement ridicule au regard des besoins, mais il est insultant. Comment entendre un montant aussi faible que celui de 400 millions quand on voit se débloquer des dizaines et des dizaines de milliards d’euros pour le plan de relance consécutif au covid ? Comment faire entendre aux personnels de l’EN que ce n’est toujours pas leur tour, alors qu’ils ont été et sont encore, au coeur de la tempête covid. On pense particulièrement aussi ici à nos soignants, dont l’issue du Ségur de la santé a fait perdre tout espoir de revalorisation de toute nature : salariale, matérielle, humaine.

De plus, depuis des années, l’Education nationale est victime, comme l’ensemble des secteurs du service public, de la politique austéritaire des gouvernements successifs : en conséquence, on observe de multiples crises : crise du recrutement, crise des salaires, crise de reconnaissance, crise de la mise en œuvre vertueuse des missions de service public. Et pour preuve, aujourd’hui, l’EN fait face à un véritable casse-tête pour mettre en place un protocole sanitaire efficace et à la hauteur des enjeux de santé publique. Les moyens humains et matériels désormais à couteaux tirés, il est tout simplement impossible de faire des dédoublements pour chaque classe, dans chaque niveau de chaque établissement, sans qu’aucun élève ne « perde » d’heures de cours. Comment assurer la sécurité sanitaire en réduisant les effectifs par classe et donc en sollicitant plus d’enseignants, alors qu’on a déjà des difficultés à trouver un professeur de mathématiques en juillet pour la rentrée ? Ainsi, les équipes bricolent au local, faute de consignes claires de la part du MEN. Dans ce contexte, le SNES-FSU exige des allègements des programmes pour répondre aux besoins d’école de nos jeunes. La réalité est donc bien là : face à une crise comme celle induite par la pandémie, force est de constater que l’école est sous-dotée en tout !

Il est donc grand temps d’exiger une revalorisation à la hauteur des enjeux. Comme le Snes-Fsu l’exige, elle doit être multiple : elle doit porter sur les salaires, mais aussi sur les conditions de travail et l’organisation du temps de travail (enseignements, formations). Dans tous les cas, il y a urgence : le SNES-FSU a fait le constat sévère que depuis la désindexation de la valeur du point d’indice de la Fonction publique sur les prix des biens de consommation, le pouvoir d’achat a fortement baissé (aujourd’hui, un certifié commence sa carrière avec 1,2 SMIC, contre plus de 2 au début des années 1980).
Nos revendications sont claires :
- dégeler le point d’indice pour tout le monde, immédiatement et considérablement pour rattraper les pertes de pouvoir d’achat depuis des années et durablement. Nous ne souhaitons pas la multiplication de s primes. Loin de là. Le point est la seule valeur transparente et commune à tous les fonctionnaires. Elle peut donc de fait être source d’ égalité.
- contraindre aujourd’hui le gouvernement à engager des discussions pour une loi de programmation ambitieuse sur la revalorisation de nos métiers, actant les sommes engagées année après année, pour chaque corps.
- revaloriser les carrières : faire de la grille actuelle des salaires des agrégés, la grille de référence pour tous les professeurs, CPE et Psy-EN. Permettre un déroulement de carrière identique à tous, pour assurer in fine, une évaluation régulière, formative, déconnectée de la progression de carrière.
- créer un statut étudiant surveillant pour les AED
- créer un corps de catégorie B pour les AESH
Ensemble, portons haut et fort nos revendications, et exigeons la reconnaissance morale, matérielle et salariale de nos missions, plus que jamais essentielles à l’émancipation de la jeunesse et à la défense de nos libertés.