Si une spécialité a été suivie pendant deux années en langue dite régionale (LVR), l’épreuve correspondante du bac pourra être passée dans la même langue.
Cette annonce du ministre, Edouard Geffray, dans le quotidien Ouest-France, lundi 25 mai, apparaît comme une avancée pour nos langues dites régionales leur permettant de les visibiliser. En Bretagne, elle pourrait concerner le breton et le gallo. L’emploi du conditionnel se fait à bon escient, car, dans la réalité, dans le réseau public, pour le moment, aucune, mise à part celle de langue, n’a été ouverte en breton et encore moins en gallo. Cette dernière langue n’étant enseignée que dans le cadre de l’enseignement facultatif.
Au moment où la réforme du lycée Blanquer était mise en place, le SNES-FSU, lors des CALR avait démontré qu’elle contribuait à invisibiliser les langues régionales. En effet, il n’y a plus d’épreuves terminales en langues, il est même impossible de passer la LVR en LVA, pourtant, les élèves de filière bilingue suivent cet enseignement depuis la maternelle. Dans les lycées bretons, il n’y a que les lycées de Lannion et Landerneau qui ont pu bénéficier de l’ouverture d’une autre discipline que l’histoire-géographie-EMC (Enseignement Moral et civique) en breton. Cette discipline est dispensée dans le tronc commun, ne bénéficiant pas d’une épreuve terminale. Fort de ces arguments, le SNES-FSU avait demandé à ce que des spécialités puissent être suivies en breton. À chacune de nos demandes, le recteur et ses représentantes ont refusé. Peut-être que l’annonce du ministre permettra de faire bouger la position du rectorat. Si cette possibilité est ouverte dans les lycées publics, la mesure ne concernerait même pas tous les élèves bilingues. En effet, tous ne choisiraient pas la spécialité proposée en breton. Ainsi, cette annonce apparaît davantage comme un affichage de la part du ministère et comme une concession plus favorable aux lycées Diwan, dispensant l’ensemble des disciplines en breton.
Des reculs à endiguer
Si les projecteurs sont braqués sur cette mesure, ils mettent dans l’ombre tous les reculs dans l’enseignement des LVR dans le second degré. Les différentes réformes de ces dix dernières années ont porté des coups à leur enseignement. Le premier a été porté en 2016, lors de la réforme du collège de Najat Vallaud-Belkacem, alors ministre de l’Éducation nationale. Les enseignements dits complémentaires, parmi lesquels l’enseignement facultatif des langues régionales, ne bénéficient plus que de la moitié du financement spécifique. Dès lors, nombre de collèges ont vu ces options disparaitre. La réforme du « choc des savoirs » a été un nouveau coup de grâce, car, pour mettre en place les fameux « groupes de besoins », les cheffes d’établissement ont puisé dans leurs marges d’autonomie, comme celles qui permettaient de mettre en place l’enseignement optionnel des langues régionales. Les services du rectorat eux-mêmes ont partagé notre analyse. Si cette réforme est partiellement abandonnée, rien ne laisse penser que ces marges seront suffisantes pour rouvrir des enseignements facultatifs. En lycée aussi la réforme Blanquer a été particulièrement délétère pour les LVC (langues optionnelles). En complexifiant les emplois du temps, ces langues sont dispensées sur des créneaux horaires peu attractifs pour les élèves et elles ne bénéficient plus de points bonus comme cela était le cas avant la réforme. Si le breton a été touché, le gallo l’est davantage, car cette langue n’est transmise à l’école que par ce biais.
Nouvelle convention État/Région
L’année prochaine, la convention Etat-Région actuelle arrivera à échéance et les réflexions pour une nouvelle convention sont déjà entamées. Par les échanges avec les collègues de et en langues régionales de l’académie et d’autres académies, par la présence du SNES-FSU dans les CALR, par les échanges avec Divyezh, l’association des parents d’élèves du réseau public bilingue, par les échanges avec l’Office Public de la Langue bretonne, le SNES-FSU tâche de contribuer au développement des LVR. Il soutient le développement de la généralisation de l’enseignement du breton et du gallo en sixième et demande que les options de LVR bénéficient d’un financement spécifique et d’une valorisation aux examens. Il soutient l’ouverture de nouvelles DNL dans les collèges et lycées pour former des locuteurs et locutrices solides. Il a obtenu une formation continue longue pour les collègues monolingues souhaitant exercer en filière bilingue et souhaite une plus grande attractivité de la formation initiale en exigeant davantage de postes au CAPES de breton et une revalorisation du métier enseignant. Les LVR, comme les autres disciplines, n’échappent pas au manque d’attractivité du métier.
