7 mars 2019

Actualité académique

Mixer écoles et collèges ? Quand la rectrice de Rennes devance le ministre Blanquer...

Une expérimentation voulue par la rectrice de Rennes prévoit le regroupement d’écoles et de collèges en 25 ou 26 réseaux d’écoles du socle pour lesquels 13 ETP ont été prélevés sur les postes classe du premier degré.

« Auto-positionnement » et « école du socle » : deux termes à la mode pour les IEN et les principaux ! Ces derniers imposent aux collègues des écoles primaires et collèges une expérimentation voulue par la rectrice : la mise en place de 210 « écoles du socle », qui correspondent aux groupes d’écoles adossées aux 210 collèges publics de l’académie. A la rentrée 2019, ces regroupements écoles–collège permettraient de constituer 25 ou 26 réseaux d’écoles du socle. Le document d’auto-positionnement, grand tableur avec de nombreux items à compléter par les équipes, doit préparer un diagnostic de territoire avant la création des réseaux.

Le déploiement de cette expérimentation est budgété en carte scolaire 2019 par une ponction de 13 équivalents temps plein sur les postes classe du premier degré pour 26 « animateurs pédagogiques de l’école du socle », déchargés à mi-temps : leur mission sera de piloter un projet de réseau d’écoles du socle et de faire le lien entre les professeurs des écoles et ceux des collèges. Ils devront organiser des formations d’initiatives locales à l’intérieur du réseau. Ils travailleront sous l’autorité d’un directoire composé de l’IEN, du principal du collège et d’un IPR. Il s’agit donc d’une réorganisation en profondeur de la politique académique par un management vertical et centralisé, complètement déconnecté du terrain et des aspirations réelles des collègues et alors même que la dotation académique est insuffisante pour couvrir les besoins en Éducation Prioritaire et en milieu rural ! La concertation, pour avoir du sens et porter des fruits, doit résulter de l’initiative des personnels, autour de thématiques décidées par eux et s’effectuer en dehors de tout regard hiérarchique et sur du temps dégagé.

Comment ne pas y voir une anticipation des établissements publics locaux des savoirs fondamentaux (EPLSF) du projet de loi Blanquer, dite « Loi école de la confiance », qui sera présenté au sénat en procédure accélérée en avril 2019. Alors qu’aucune expérimentation d’école du socle n’a fait l’objet d’une évaluation, ces établissements faciliteraient les services partagés primaire-collèges, les regroupements de niveaux, la bivalence, voire des fusions d’écoles et de collège, placées sous l’autorité de chefs d’établissement, la fin des directeurs d’école, une perte d’identité du premier et du second degrés. Il s’agirait cette fois, sur fond d’économies budgétaires, d’une modification profonde du système scolaire de notre pays et d’une remise en cause du statut des enseignants, dont on ne voit pas non plus ce que les élèves auraient à y gagner.

Frédérique Lalys
Enseignante d’Histoire-Géo – collège J. Lurçat, Lanester
Élue SNES-FSU au CTA et à la CAPA des certifié·es