Le 7 avril dernier, nous avons proposé un stage aux collègues des établissements concernés par le plan « collèges en progrès » et à celleux des établissements de l’éducation prioritaire. Nous vous en proposons les grandes lignes.
Cette nouvelle réforme lancée en décembre par le ministre de l’éducation nationale vient remettre en question à la fois les compétences pédagogiques des équipes et l’éducation prioritaire.
Depuis 2017, la carte de l’éducation prioritaire a été gelée, sans qu’aucun bilan n’en ait été fait. Plutôt que de la réformer, ce qui impliquerait probablement d’inclure davantage d’établissements et donc d’y consacrer des moyens supplémentaires, le ministère a fait le choix de cibler 15% des collèges (qui n’étaient pas tous labellisés éducation prioritaire) alors que celle-ci concerne 20% des collèges.
En Ille-et-Vilaine, les établissements concernés sont les suivants : Clotilde Vautier, Rosa Parks et Cleunay (à Rennes), et Pierre Perrin (à Tremblay). N’apparaissent pas dans ce plan la Binquenais, les Chalais, les Hautes-Ourmes et Paul Féval (Dol de Bretagne).
Ces établissements sont choisis par le rectorat sur les résultats scolaires. Il n’est donc plus question de critères nationaux et sociaux comme dans la politique de l’éducation prioritaire. De même, aucun moyen supplémentaire n’est accordé à ces collèges. Il s’agit pour les collègues concernés de faire leur autocritique, au cours de deux journées banalisées, pour voir quels axes iels peuvent améliorer pour faire mieux réussir leurs élèves. Il s’agit là d’une pratique du néomanagement qui fait porter la responsabilité du parcours scolaire des élèves sur les équipes pédagogiques et non sur le fonctionnement actuel du système scolaire.
De fait, dans les collèges désignés, se met en place une contractualisation de trois ans comme pour les actuels contrats locaux d’accompagnement. Ainsi cela donnera lieu à une « feuille de route qui précise les objectifs fixés à trois ans ainsi que les jalons pour les atteindre et propose des indicateurs qui permettent d’en suivre l’avancement ». Il s’agit en réalité, sans la nommer, d’une mise sous tutelle du travail des enseignantes.
De même, des recommandations, qui peuvent apparaître à certains égards comme des prescriptions, sont formulées pour améliorer les pratiques pédagogiques. Le discours lissé d’amélioration de la réussite des élèves cache une transformation insidieuse de nos pratiques, de nos finalités pédagogiques, qui prive de la liberté de travailler, qui dénie nos compétences professionnelles et notre capacité à concevoir nos enseignements : ces « bonnes pratiques » sont une porte d’entrée pour venir remettre en question la conception du métier d’enseignante, qu’on exerce en éducation prioritaire ou pas.
Il est certain que ces réunions produisent souvent chez les personnels présents (enseignantes, CPE, Psy-EN) un sentiment de malaise, de culpabilité, de colère, voire de sidération. La raison principale est que ce qui y est dit paraît en décalage avec la réalité du travail quotidien, les moyens disponibles et les conditions d’exercice. Cela peut venir alimenter un sentiment de culpabilité individuelle et ajouter de la souffrance chez des personnels déjà bien malmenés.
