12 novembre 2019

SECTIONS DEPARTEMENTALES

Stage « collège » du jeudi 7 novembre : notre métier en question

Jeudi 7 novembre dernier, se tenait le stage « collège » du SNES-FSU animé par Anne-Sophie Legrand, secrétaire nationale du SNES-FSU, responsable du secteur collège.

La lourdeur des effectifs, l’inclusion, la surcharge de travail, le quart-d’heure lecture, l’évaluation, la perte de sens de notre métier sont des sujets qui ont suscité de nombreux échanges.
La réforme Blanquer met en place un projet néolibéral qui développe l’autonomie des établissements, permet de casser les collectifs en plaçant l’individu seul face à l’Etat.
Anne-Sophie Legrand a décliné plusieurs points qui ont changé notre métier au collège :

A l’heure où le service d’orientation est plus que menacé, l’orientation est aujourd’hui partout et nulle part au sein du collège. Des horaires indicatifs : 12 heures d’accompagnement à l’orientation en 4e, 36h en 3e, sont donnés sans financement spécifique. Les stages de 3e, les interventions diverses et variées empiètent alors sur les heures de cours.

Le collège se rapproche de l’école primaire et se trouve séparé du lycée avec la logique « bac moins 3, bac plus 3 ». Si la fin de la formation obligatoire est passée à 18 ans, la fin de la scolarisation, elle, est rendue possible à l’issue du collège avec la place accrue donnée à l’apprentissage. La 3e prépa-pro devient la 3e prépa-métier englobant les DIMAs : un changement de nom qui s’accompagne d’un changement de fonctionnement avec des stages qui ne sont plus ciblés sur des périodes fixes. Quelle place pour les enseignements disciplinaires ?

L’augmentation des effectifs par classe est la première raison d’augmentation de charge de travail invoquée par les collègues sondés sur leurs conditions de travail dans une enquête du SNES. Entre 2009 et 2017, on est passé de 6,5 à 10,7% des classes dépassant les 30 élèves. Ceci avec des classes de plus en plus hétérogènes, avec environ 10% d’élèves en situation de handicap. Cette observation fut l’occasion de rappeler les mandats du SNES : un maximum de 24 élèves par classe en collège et des dédoublements par matières inscrits dans les horaires nationaux, un CPE pour 250 élèves.
L’inclusion dans des conditions d’encadrement dégradées n’est plus acceptée par les collègues. La charge de travail, la culpabilisation qu’elle engendre, les risques psycho-sociaux sont prégnants. Les quelques aides mises en avant comme « Cap-école inclusive » du réseau Canopé qui supposent de l’auto-formation ne peuvent suffire à assurer une inclusion de qualité !
Si le SNES-FSU affirme que tout enfant est éducable, l’inclusion ne doit pas dégrader les conditions d’enseignement.
Depuis peu, les Unités d’Enseignement Externalisées se multiplient. ITEP, IME sont-ils voués à disparaître ?

Avec l’obligation d’accepter jusque 2 HSA, la charge de travail augmente et les pressions s’accentuent : accepter des HSA ou ne pas avoir de groupes... Les disciplines comme les arts plastiques ou l’éducation musicale sont particulièrement touchées par ces deux HSA qui sont synonymes de deux classes supplémentaires à prendre en charge.

On vit actuellement l’atomisation du concept de collège unique. Quand le ministère parle d’ « autonomie des établissements », il faut entendre « mise en concurrence ». Dans chaque collège, on vit au quotidien la mise en concurrence entre matières. Les trois heures de marge doivent servir à la fois aux enseignements facultatifs, à la diversité des langues vivantes, aux dédoublements...
A côté, l’enseignement privé continue à médiatiser son offre éducative : classes bilangues, sections euros. Dans notre académie, c’est le Privé qui a bénéficié de la réforme du collège.
On se dirige vers un collège qui se veut en adéquation avec le public qu’il reçoit. Or, là où le ministère parle de réussite de chacun, le SNES-FSU prône la réussite de tous.

Le dispositif « Devoirs faits » se met en place de multiples façons dans les collèges, parfois dans la plus grande opacité. Par ce dispositif basé sur le volontariat, on fait porter la responsabilité de leur échec aux élèves, faute de donner la priorité aux moyens d’enseignement. Ce dispositif permet aussi l’entrisme d’associations.
Les expérimentations diverses et variées sous les noms de « discipline positive », « Silence, on lit », « entraînement à l’éloquence » ouvrent également la porte à de plus en plus d’organismes extérieurs.

Les organisations mises en place dans les collèges au niveau des conseils de classe se diversifient également : semestrialisation par exemple qui remplacent parfois 3 conseils de classe trimestriels par quatre réunions car des bilans étapes s’imposent alors...

L’école du socle que l’on a voulu nous imposer sous le nom d’EPLSF risque de revenir d’actualité après les municipales avec une coloration territoriale, avec des projets élaborés par les collectivités départementales sans les collègues. Il nous appartient de rester vigilants.

L’évaluation des élèves aussi est un élément qui a été abordé : nombre de collègues se voient imposer des manières de faire. L’évaluation avec ou sans notes devient un outil de new-management aux mains des directions. Le texte de la réforme Blanquer n’y fait pourtant pas référence. Mais nombre de conseils pédagogiques tendent à la faire apparaître dans le projet d’établissement. Là encore, soyons vigilants.

En définitive, il nous faut trouver la force du collectif pour contrer toutes ces nouvelles formes que tend à prendre notre travail et qui nous épuisent. Le SNES-FSU prend ici tout son rôle d’information, de soutien des actions.

Laurence Turbé