Assassiné pour avoir fait son métier

Edito de Gwénaël Le Paih à la une du SNES Bretagne n°147.

En appliquant le programme scolaire, en faisant librement des choix pédagogiques réfléchis, Samuel Paty a payé de sa vie une conception de l’École publique. Cette conception est la nôtre : éduquer et former tous les jeunes pour qu’ils grandissent à l’abri de toute influence et se forgent leur propre conscience pour juger et s’engager. Cet attentat terroriste, insoutenable, par un jeune adulte fanatique islamiste a bouleversé toute une profession qui a trouvé sans attendre le réconfort et le relai de nos concitoyen·nes. Les rassemblements au lendemain de l’assassinat ont réuni partout en Bretagne des milliers de personnes venues défendre avec vigueur le rôle social et émancipateur de l’école publique tout en rappelant la force du vivre ensemble dont la Bretagne, terre d’accueil et de solidarité, est l’exemple.
Avec pour seule réponse un nouveau tournant sécuritaire et une attaque à la laïcité au couvert de sa protection, le gouvernement exploite le contexte en attendant 2022 pour cliver encore plus la société avec la peur de l’autre, clairement désigné dans sa loi contre les séparatismes. Jean-Michel Blanquer, nouvel avocat de la liberté d’expression après avoir restreint celle des personnels avec sa loi pour une école de la confiance, ne trompe personne ! A toutes ses injonctions pour le retour en classe le 2 novembre, opposons notre liberté pédagogique pour aborder au moment qui conviendra et de la façon la mieux adaptée à nos élèves le drame qui vient de secouer notre démocratie. Dégager du temps banalisé entre adultes pour se recueillir dans les établissements, libérer les émotions et débattre des suites sera en revanche bien utile, c’est la demande que le SNES a formulée au Recteur le 21 octobre.
Ne pas sombrer, ne pas se replier mais poursuivre nos missions d’intérêt général ! Oui, nous en sommes capables, collectivement, mais en portant nos exigences. Expliquons pourquoi il faut plus de moyens, des effectifs allégés, des programmes moins encyclopédiques sans en rabattre sur les exigences, de la formation continue… A ce prix, l’École publique restera l’École de la République.

Gwénaël Le Paih, 21 octobre 2020
Secrétaire général du SNES-FSU Bretagne

Edito extrait du SNES Bretagne n°147, en cours d’impression et d’acheminement à consulter en ligne.