8 septembre 2026

Sections départementales

Malthusianisme éducatif

On avait rêvé, à la suite des sphères de gouvernement et de la Commission européenne, d’une société de la connaissance et de l’économie du savoir (après la déclaration de Lisbonne en 2000). Il fallait donc développer et démocratiser l’accès à l’enseignement supérieur et aux formations diplômantes (cf la réforme LMD en 2004). Ainsi le nombre d’étudiant.es en France a augmenté de 2 160 000 en 2000 à 3 000 000 en 2026 (mais il stagne depuis 2021), le nombre de diplômé.es de master a doublé de 2005 à 2010.

Les études montrent que la hausse des qualifications est favorable aux jeunes qui entrent sur le marché du travail  : en 2024 la cohorte dotée d’un master ou d’un doctorat bénéficie après 4 ans d’un emploi respectivement à 82 et 85% et d’un premier revenu égal à 1800 € (titulaires d’un master) et 2400 € (titulaires d’un doctorat), contre 70% et 1400 € pour les titulaires du Bac et 63% et 1350 € pour les titulaires de CAP-BEP. Il est largement démontré que plus le diplôme est élevé, plus l’insertion est aisée, et au contraire l’absence de diplôme contrecarre fortement l’accès à l’emploi.

Pourtant l’âge moyen de fin d’études a cessé de croître depuis 2000
, et si les effectifs en L3 ont augmenté de 165 000 en 2012 à 225 000 en 2024, ceux de M1 ont stagné autour de 160 000 depuis 2012. Les restrictions budgétaires, le malthusianisme éducatif, les préjugés anti-intellectuels des dirigeants politiques ont contribué à limiter la durée des études, notamment à l’université. L’habitude est prise d’accuser le système d’enseignement supérieur d’être inadapté aux besoins de l’économie et d’être responsable du chômage des jeunes. Mais les efforts des établissements du supérieur de diversifier les voies de formation et d’ouvrir de nouvelles filières sont découragés par le sous-financement. Les dépenses de recherche sont contraintes, le budget des universités ne leur permet plus de faire face à leurs obligations, 80% d’entre elles sont en déficit. Sans parler de la situation financière des étudiant.es, jamais aussi précaire, qui oblige nombre d’entre elles et eux à renoncer à leurs études.

Pour justifier cette politique, du parti présidentiel au RN, on affiche qu’il serait nécessaire de "réduire la durée de la formation initiale", "qu’interrompre ses études à bac + 3 n’est pas un échec" (programme de Renaissance). Pour G. Attal, les jeunes français rentrent trop tardivement sur le marché du travail : "je propose de démassifier l’enseignement supérieur, de valoriser les métiers manuels, techniques et industriels et de réduire la durée initiale des études », écrit-il dans le volet « Travail et salaires » de son programme.
Bruno Retailleau prône l’apprentissage à 14 ans et préfère "un jeune avec un CAP ou un bac pro et un emploi à la clé, plutôt qu’un master avec Pôle emploi à la fin", contre toute réalité économique.
Le RN en rajoute, F. Allisio, député RN : "aujourd’hui, deux ou trois années de formation après le baccalauréat, c’est largement suffisant pour avoir de bons métiers d’avenir qui peuvent tout de suite permettre de vivre et de cotiser." Selon lui, l’IA d’ailleurs rendrait inutiles et inopérants "les cursus de cinq-six-sept ans".
Propos démagogiques, faux-semblants, contre tous les constats sociologiques.

Les pensées rétrogrades animent le débat électoral en cours avec toujours le même objectif, réduire les dépenses publiques, casser le collectif et livrer les individus à leur sort, maintenir les privilèges des plus aisé.es. A nous de dénoncer ce discours et présenter les réalités objectives.

NB : Stats et citations extraites d’Alternatives Economiques du 1er septembre 2026.