Michelle est décédée le 29 juin. Cette triste nouvelle nous a été transmise par ses enfants, à qui nous présentons les condoléances émues de toutes celles et de tous ceux qui ont milité à ses côtés. Elle leur avait indiqué, dans ses « Vœux pour Après... », le souhait que nous en soyons avertis. Un ultime vœu bien à son image, directive juste ce qu’il faut pour la rigueur des décisions, mais essentiellement bienveillante quant au fond de la démarche.
Professeur de Lettres Classiques au Lycée Descartes dans le nouveau quartier de La Poterie à Rennes à partir de la fin des années 1970, très impliquée dans son S1, elle prit progressivement des responsabilités dans les années 80, au sein du S2 35 et du S3., ainsi que dans les instances de la FEN Ille et Vilaine. Très ancré dans la pratique du métier, son engagement syndical était très « pro », très « prof » (elle utilisait aussi bien le terme « collègues » que « camarades » pour parler des syndiqués), et elle était tout aussi active et compétente sur tous les terrains, de la défense des personnels aux questions pédagogiques, et toujours tournée vers l’action.
Femme de convictions et de valeurs, qu’elle savait affirmer de manière toujours argumentée, elle contribua aussi à intégrer davantage dans l’activité syndicale des thématiques souvent considérées alors comme « périphériques » dans l’agenda du SNES, telles que le féminisme, l’anti-racisme, la solidarité internationale. Elle permit ainsi d’enrichir la diversité du SNES, et de son courant majoritaire « Unité et Action », dont elle avait une vision non clivante et non partisane, recherchant des espaces de dialogue et de débat avec d’autres courants dont l’Ecole Emancipée, dans une démarche d’ouverture qui n’était pas sans préfigurer la FSU.
Sa rigueur tranquille impressionna nombre de militants, dont celles et ceux d’une nouvelle génération qu’elle contribua à former, faisant par la même le lien entre les années 80 et les décennies suivantes.
Michelle, redevenue et restée jusqu’au bout adhérente « de base » du SNES, investit son énergie militante dans le Mouvement contre le Racisme et pour l’Amitié entre les Peuples (MRAP), particulièrement pour l’accueil digne et la défense des droits des populations migrantes. Elle va manquer en cette sombre période lourde de menaces et de régressions.
Et on peut imaginer Michelle, portant un regard bienveillant, mais parfois un brin amusé, sur nos activités syndicales, et consterné sur l’état du Monde. Car elle aura toujours agi pour le rendre meilleur.
Fernand Etiemble (secrétaire du S3 de 1981 à 1988)
